La Bourgogne-Franche-Comté atteint-elle la neutralité carbone ?

En 2018, la balance n'est pas à l'équilibre

Les pays signataires de l’Accord de Paris se sont engagés à limiter l'augmentation de la température moyenne à la surface de la Terre à 2°C, et si possible 1,5°C. Pour cela, la France s’est engagée à diviser ses émissions de gaz à effet de serre (GES) par six au minimum entre 1990 et 2050, pour atteindre la neutralité carbone en 2050, c’est-à-dire pour trouver un équilibre entre les émissions de gaz à effet de serre et la capacité des milieux naturels à absorber le carbone.

En Bourgogne-Franche-Comté, la balance n’est pas à l’équilibre : les émissions de gaz à effet de serre générées sur le territoire s’élèvent à 22 millions en 2018, alors que le territoire a stocké la même année entre 7 et 8 millions de tonnes de CO2, soit l’équivalent d’un tiers des émissions. Il est nécessaire d’amplifier la réduction des émissions de GES et de conserver, voire accroitre, les potentialités de séquestration du carbone du territoire.

Le stock de carbone en place

Les sols et la forêt jouent un double rôle vis-à-vis du dioxyde de carbone : ils contribuent à la fois à en absorber et à en émettre. Par la photosynthèse, les plantes absorbent le CO2 de l’air et en utilisent le carbone pour construire leurs tissus. Une partie de ce carbone se retrouvera dans le sol, à travers les résidus des végétaux et les racines, ainsi que les organismes morts et les populations microbiennes du sol. Forêts et sols constituent ainsi un réservoir de carbone très important.

En Bourgogne-Franche-Comté, le stock de carbone en place est estimé à 1,8 milliards de tonnes de CO2 en 2018. Le carbone est stocké à hauteur de 34 % par la biomasse forestière, 29 % par les sols forestiers et 22 % par les prairies. Viennent ensuite les sols agricoles (11 %).

Les sols représentent les deux tiers du stock de carbone sur le territoire régional. Chaque sol ne représente pas le même potentiel de stockage, selon l’usage qui en est fait :

  • Les zones humides constituent les milieux avec le plus fort potentiel de stockage de carbone, de l’ordre de 125 tonnes par hectare. Il est encore plus élevé pour les tourbières, de l’ordre de 2 000 tonnes par hectare.
  • Une forêt présente un potentiel de stockage de carbone 2 fois plus important qu’une zone urbanisée.
  • Une prairie présente un potentiel de stockage de carbone 40 % plus élevé qu’une terre cultivée.

*Les zones urbanisées présentent un potentiel de stockage non nul grâce aux zones « vertes » : parcs, parkings végétalisés…

Source : CITEPA, d’après INRA INFOSOL, données régionales issues du Réseau de mesure de la qualité des sols

 

Les flux annuels de carbone

Le stock en place de carbone peut varier chaque année. Il peut augmenter lorsque la quantité de carbone absorbée est supérieure à la quantité émise : c’est le cas durant la phase de croissance et lors de l’extension des forêts ou lorsqu’un sol s’enrichit en matière organique. Mais ce stock peut également diminuer lors de changements d’usage des sols comme l’extension des surfaces urbanisées, ou par le biais de certaines pratiques agricoles ou sylvicoles, ou encore lors d’événements climatiques telles que des tempêtes, des canicules et incendies.

En Bourgogne-Franche-Comté, la biomasse forestière s’est comportée en moyenne annuelle sur la dernière décennie comme un puits de carbone, stockant en moyenne 8,5 millions de tonnes de CO2 par an. Au contraire, les changements d’usage des sols ont entraîné un déstockage de CO2 de l’ordre de 1,1 million de tonnes chaque année. Au total, le bilan reste positif avec une séquestration nette annuelle estimée à 7,4 millions pour 2018.

La mise en cultures de prairies et l’artificialisation des sols constituent les deux principaux usages des sols responsables du déstockage de carbone de ces 20 dernières années.

 

Définition et méthodologie :

Les données présentées ont été estimées à partir de la méthodologie du CITEPA présentée dans le rapport « Organisation et méthodes des inventaires nationaux des émissions atmosphériques en France », 17ème édition, Mars 2020.

Pour le stock de carbone dans les sols, l’estimation porte sur le réservoir des 30 premiers centimètres des sols, partie la plus sujette aux transformations et aux échanges avec l’air. Le cycle du carbone y est le plus instable et des phénomènes de stockage-déstockage de CO2 sont en jeu selon les pratiques culturales et l’affectation des sols. Ces estimations sont toutefois empreintes de beaucoup d’incertitudes et à considérer uniquement dans leurs ordres de grandeur. Forêts et sols sont le lieu de nombreux processus qui peuvent séquestrer ou émettre des GES. La mesure de ces flux fait l’objet de recherches et encore plus celle de leur évolution face au changement climatique.

Pour les flux annuels liés aux changements d'usages des sols, l’estimation porte sur l’année 2018 à partir de moyennes annuelles entre 1998 et 2018.



Dernière mise à jour le 30.12.2021